Sur les terres abreuvées du sang des insoumis
A germé une fleur aux effluves confuses :
Un vif relent d’argile à l’encens s’est promis
Liant la brune tige aux pétales céruses.
Danaïde opiniâtre, cette fleur bigarrée
Déverse, jarre après jarre, sa chaude et docte sève
Sur d’avides esprits que sans cesse relève
Une armée serpentine encore invertébrée.
Prisonnier sous la jungle, ce fétu s’aventure,
Elève lentement de l’amas de verdure
Ses pétales ambrés qui contemplent le monde -
Recueille la rosée de l’astre qui l’inonde.
Puis courbant sa corolle à la fange qui l’enclore
Elle disperse avec foi sa semence nacrée :
Cette fleur missionnaire, chaque jour voit éclore
Les surgeons emportés par une aura sacrée.
Sous son ombre échancrée l’étudiant s’enracine
Il laboure un terreau par les ans fécondé,
Puis un jour, s’envolant vers le veld lavandé,
S’en va virevolter sous la brise marine.